Le Festival du Film Francophone de Safi a clôturé sa sixième édition il y a quelques jours. Une gageure dans une ville dont le cinéma est en ruine! Touché par cette triste réalité, le jury présidé par le grand critique syrien Rafiq Sabban a lancé un appel à l’aide pour la rénovation de la salle du Cinéma Atlantide, appartenant à l'OCP. Un appel relayé par les cinéastes marocains dont Daoud Oualad Sayed qui remporta l’Osfour d’Or pour son film En Attendant Pasolini. Reste à savoir si l'appel sera entendu?
"Il faut faire quelque chose !" clame le réalisateur Daoud Oualad Sayed alors qu'il est interpellé par un spectateur safiot sur l'état pitoyable de la salle du Cinéma Atlantide. La salle où, durant le Festival, sont projetés les films en compétition officielle mais où le son et l'image vont et viennent de façon on ne peut plus fantaisiste. Visiblement perturbé lors des projections, le jury officiel a décidé de pousser lui aussi son coup de colère. Lors de la cérémonie de clôture, par la bouche de son président Rafiq Sabban, il prend position et appelle les responsables à encourager le festival avec l’amélioration des salles et surtout en prêtant attention au jeune public qui n’a plus accès à celles-ci. Même constat du côté des professionnels, Salim Fassi Fihri, président de la chambre des producteurs marocains, ne mâche pas ses mots. Pour lui, "un pays ne peut pas se développer sans développer sa culture. C'est la base de l'état de droit." Développer le cinéma et lutter contre la fermeture des salles, c'est donc un impératif politique et non pas seulement culturel. Il faut dire que l’abandon du Cinéma Atlantide (il ne fonctionne plus en dehors des festivals) cadre mal avec l’effort considérable déployé par les autorités locales afin de soutenir les "Lumières de Safi". La ville reste en effet LE partenaire du Festival. Est-elle en train de prendre conscience des enjeux en terme de développement humain, économique et culturel? On l'espère en tout cas.
Crise nationale
Le nombre des salles de cinéma a dramatiquement baissé, comme le constate le journal La Vie Eco: "On se plaint d’un paradoxe flagrant au Maroc en matière cinématographique : au moment où le public se réconcilie avec la production nationale, où le film marocain s’améliore en quantité et en qualité (14 opus par an), où le budget d’aide publique est plus généreux (36 MDH), les salles obscures baissent le rideau les unes après les autres: 250 dans les années 1980, 150 en 2003, 92 en 2007 selon le Centre cinématographique marocain (CCM), voire 60 selon les responsables de la Chambre marocaine des producteurs de Films (CMPF), le nombre de salles se réduit comme peau de chagrin."
300 salles pour 2012?
Le CCM et son président Nour-Eddine Sail annoncent la création d'un fond
d'investissement en vue de faire naître 300 nouvelles salles entre 2009 et 2012. Alimenté en partie par des fonds privés, le projet viserait principalement la création de multiplexes, type
Mégarama, dans les grandes villes. Du côté des cinéastes, on propose d'autres pistes, à l'instar du réalisateur Saad Chraibi qui prône la création de cinémas municipaux et l'implication des maisons des jeunes. Il semble en tout cas que l'état
d'urgence soit décrété sur le sujet. Depuis décembre dernier, une association a également été créée afin de sensibiliser citoyens et décideurs à la nécessité de sauver les salles marocaines. Elle
s'appelle tout simplement "Sauvons les salles de cinéma au
Maroc" et est l'initiative du jeune acteur Tariq Mounim. Au niveau safiot, la toute jeune association "La Maison des Arts" annonce la même ambition et souhaite travailler en partenariat avec
les autorités locales, les partenaires économiques et les associations culturelles. Dossier à suivre...
Marrakech, Tanger, Casablanca, Essaouira, Ouarzazate. Ces cinq noms sont le visage cinématographique du Maroc dans la
production étrangère (américaine et française principalement). Si certaines de ces villes bénéficient d’une grande publicité comme Marrakech, la renaissance d’autres est intimement liée à
l’émergence de l’industrie cinématographique. C’est le cas d’Essaouira immortalisée par Orson Welles dans les années 50 et, plus récemment, de Ouarzazate. Ya-t-il une recette à suivre pour les
petites villes qui veulent se faire une place sous les projecteurs ?
Il semble donc que la mise en valeur des sites, et, surtout, la volonté des autorités locales de faire d’une ville un
lieu culturel font la différence. Toutes les villes qui se sont fait un nom chez les producteurs étrangers sont des villes qui bénéficient d’une grande visibilité. Une ville comme Safi est le meilleur exemple de ce déficit d’image à l’échelle
internationale. Pourtant, la capitale de la région Doukkala Abda n’a pas moins d’intérêt visuel
qu’Essaouira qui resta longtemps son parent pauvre. Seul problème, pour le savoir, il faut être natif de Safi ou connaître son histoire. Nour-Eddine Lakhmari, le réalisateur safiot, y avait ainsi tourné Le Regard, une coproduction maroco-norvégienne. Et cette année, Hamid
Zoughi rendait hommage à Kharboucha, la cheikha légendaire venue des
environs de Safi. En 2007, deux téléfilms (ici et ici) et un long métrage marocains ont été tournés à Safi et sa région. Cependant,
depuis Welles, la perle de l’Atlantique est désertée par les caméras des cinéastes étrangers.
Le Festival National du Film a accueilli cette année encore les meilleurs films marocains courts et longs sortis depuis deux ans. Tanger héberge l'évènement depuis 3 ans
continuera à l'accueillir tous les ans. En effet, devant la bonne santé du FNF et du cinéma marocain, le CCM vient d'annoncer que l'évènement sera désormais annuel. Zoom sur un Festival ambulant et retour sur une occasion manquée.
Après Oujda, Marrakech, Meknès, Rabat, Casablanca à deux reprises, le Festival National du Film s'est donc une
nouvelle fois installé à Tanger. Organisé en collaboration avec la collaboration active du CCM et de sa caravane cinématographique, le Festival National n'est pas tout à fait un festival comme les autres. En effet, jusqu'à cette année, il s'agissait d'un
festival itinérant que le Centre Cinématographique transbahute de ville en ville tous les deux ans.
Or depuis trois ans, le Festival s'est sédentarisé à Tanger. Ce n'est sans doute pas un hasard. La ville a connu une réelle révolution cinématographique depuis la rénovation du cinéma
Rif devenu la la Cinémathèque de Tanger et grâce
au dynamisme du cinéma Roxy. C'est aussi le résultat plus désolant d'une désagrégation du réseau des cinémas marocains qui réduit chaque année le nombre des villes candidates potentielles. Hormis le miracle tangérois
et l'arrivée du groupe Megarama à Casa et Marrakech, la tendance est en effet plutôt à la fermeture des salles dans les petites villes.
Rendez-vous manqué en 2007...
L'itinérance du FNF est une tentative de lutter contre cette érosion. C'est ainsi qu'en juillet 2005, dans un (vain) élan d'enthousiasme, M. Mohammed Bakrim, représentant du CCM, avait promis devant toute l'assistance du
Festival du Film Francophone de Safi, de ramener le FNF à Safi. La
condition? Que la ville, représentée pour l'occasion par M. le Wali en personne, s'engage à rénover une salle digne d'accueillir un tel évènement réunissant tout le gratin du cinéma
marocain. Plus de deux ans plus tard, les coussins du Cinéma Atlantide de Safi sont plus défoncés que jamais, l'installation sonore toujours inexistante et surtout, les portes toujours fermées. Quant au
cinéma Royal, sa programmation semble figée depuis bien longtemps sur les années 90. Bilan, Tanger remporte la mise
Safi a réellement manqué une occasion en or. Interrogé sur sa promesse lors des dernières Journées Cinématographiques de Safi en mai dernier, M. Bakrim avait répété
celle-ci... à la même condition, bien entendu! Safi a raté sa chance,
dommage...

L'Alliance Franco-Marocaine de Safi a été inaugurée officiellement ce mercredi 30 mai par le Wali de la région Doukkala Abda et par l'ambassadeur de France au Maroc. L'AFMS remplace l'ACL (Association Culture et Loisir) dans les bureaux de l'ancienne Mission Française de Safi. Un
changement avant tout technique puisque les membres du bureau de l'Alliance sont les mêmes que ceux de l'ancienne ACL. Saluons tout de même l'arrivée de M. Marc Vialaneix, le jeune
directeur français qui a rejoint l'équipe safiote au mois de janvier.
L'Alliance est aujourd'hui le principal acteur culturel de Safi. Pour rappel, l'ACL/AFM est l'organisatrice du Festival du Film Francophone de Safi. La nouvelle AFMS a reçu une
enveloppe de 500.000 dh de subventions, dont 470.000 dh provenant de l'INDH. Cet argent servira en grande partie à équiper les locaux de l'ancienne Ecole Manet en matériel informatique
notamment.
Les projets de l'Allisance sont nombreux. Parmi eux, celui d'agrandir la bibliothèque et d'y ajouter une médiathèque dont nous avons déjà un avant goût grâce au ciné-club qui se tient depuis un mois. Outre la programmation d'évènements culturels
ponctuels, l'AFM compte dynamiser son programme pédagogique avec davantage de cours de langues (les élèves de français pourront par exemple passer le TCF à Safi).
Pour notre part, nous comptons sur l'AFMS pour encore plus
d'actions culturelles au cours l'année à venir (pour le programme septembre-décembre, cliquez ici)... Mais on espère surtout que d'autres acteurs culturels vont venir
les aider et les accompagner pour que les choses tournent un peu plus à Safi.
Safi a besoin d'une réelle politique culturelle pour changer son image. C'est un des messages qui ressortait avec force du séminaire tenu ce samedi 14 avril 2007 sur le thème: "le marketing territorial, pour une nouvelle dynamique de Safi".
L'événement était organisé par l'école privée Suptem en partenariat avec le CRI Doukkala Abda, la Chambre de Commerce et
l'Association Hawd Assafi. Il réunissait des experts français et marocains ainsi que les acteurs économiques de la ville de Safi. Tous ont insisté sur le besoin d'un
repositionnement de l'image de Safi, exemples à la clé.
Ouarzazate, la ville du cinéma
Le chercheur marocain, Hassan Azouaoui, fut le premier. Professeur d'économie et gestion à la Faculté de Rabat, il s'est penché sur le cas de la région de Ouarzazate. Une région qui cumulait de nombreux handicaps objectifs liés notamment à une pauvreté qui menait le patrimoine local à la ruine et les jeunes à l'exode ou à l'émigration. Pourtant, aujourd'hui, Ouarzazate a su imposer son image à l'échelle mondiale grâce en grande partie au cinéma. C'est son potentiel humain, culturel et naturel que la région a su exploiter afin d'attirer les studios de cinémas. En développement les infrastructures culturelles et de formation aux métiers du cinéma notamment, Ouarzazate est devenue un partenaire de l'industrie hollywoodienne... rien de moins. Et tout naturellement, quand Hollywood travaille indirectement pour vous, les touristes sont au rendez-vous!
La culture comme vision d'avenir
Qu'en est-il de Safi? Monsieur Lemrabet, directeur du CRI a insisté sur le fait que l'image de Safi, au sein même du Maroc est erronément désatreuse. Le CRI proclame avoir pourtant tenté de communiquer en exploitant principalement Internet. Et Monsieur Lemrabet de préciser que cette communication était destinée avant tout aux investisseurs étrangers. Mais qu'en est-il des Safiots et des Marocains ou même des touristes qui ne rentrent pas dans se cadre? Le Pr. Azouaoui avait pour sa part insité sur l'importance d'associer tous les acteurs sociaux dans un "Forum social local" qui permettrait de déterminer les objectifs et les priorités pour le développement de la région. Car pour positionner l'image d'une région, il faut déterminer des axes de travail. Avoir une vision collective!
Et une vision justement, Monsieur Azouaou, directeur de la Chambre de Commerce, d'Industrie et des Services de Safi semble en avoir une. Il a parfaitement cerné toute la complexité du problème du développement Safi et toutes les potentialités de la région. Concernant son déficit d'image, il n'hésite pas à mettre le doigt sur les points faibles de Safi dont principalement son manque d'animation. Et par là, il entend le sport et la culture.
Au final, tous les intervenants, marocains ou étrangers se sont acordés pour dire que l'image d'une région repose avant tout sur son identité, c'est-à-dire son Histoire et sa Culture. Reste maintenant à passer aux actes!
La ville de Safi, perchée sur ses falaises qui dominent l’Atlantique, vit une lente et terrible
érosion culturelle qui touche l’ensemble des arts, qu’ils soient scéniques, plastiques ou visuels.
Cela fait maintenant longtemps qu’à Safi les réelles salles de spectacle ont fermé leurs portes au public et aux artistes. Les salles de cinéma sont même devenues obscures à jamais ou n’ouvrent que pour de trop rares semaines culturelles ou festival. Il ne reste aujourd’hui aux Safiots pour leur distraction quotidienne qu’un cinéma populaire et une salle des fêtes dont les objectifs ne sont pas essentiellement culturels.
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