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  • : Cinémasfi est un blog consacré au Cinéma et au ciné.ma, made in Morroco. C'est aussi un espace dédié à la ville de Safi au Maroc. Une ville sans véritable salle de cinéma, mais pas sans intérêt pour le septième art... ni pour les autres d'ailleurs! En voici l'Agenda.
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Mardi 5 février 2008

Samuel Gagnon vit à Montréal mais son cœur est marocain depuis qu’il s’est marié à une safiote. Son rêve : produire un jour un projet maroco-canadien. Zuno Films, sa société de production, a en effet l’habitude des coproductions depuis Kamataki (Canada/Japon) et Ascension (Canada/USA). Dernièrement, Sam Gagnon avait eut un contact avec le producteur casablancais Sigma pour Casa Negra du Safiot Nour-Eddine Lakhmari. Occasion manquée, mais partie remise.

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En tant que producteur canadien, quels types de projets peut-on avoir au Maroc ?

Certainement pas les même que les Américains. Nous les Québécois, tournons rarement des films pour lesquels nous avons besoin d'un désert (C.R.A.Z.Y. étant l'exception) ou de paysages “exotiques”. Pour ma part, il est certain que j'ai des plans de coproduction. Je pense à une intrigue qui se passerait entre le Canada et le Maroc. J'ai quelques concepts en chantier présentement et deux scénaristes qui travaillent sur un projet que je compte développer en 2008.

L’un de ces projet concerne, je crois, la ville de Safi

C'est en effet, une option. Etant donné que je connais Safi, je voudrais, si l'occasion se présente, l’utiliser dans l'un des projets produits par ma société. Ce ne serait pas nécessairement tout un film, mais nous pourrions néanmoins y tourner de quelques scènes.

Vous pensez donc qu'elle a un potentiel cinématographique ?

On peut tourner un film n'importe où en autant que le sujet s'y prête. Cependant, Safi manque de visibilité pour les professionnels étrangers. Elle n’est pas un site qui s'impose comme une évidence, puisqu’elle n'a pas les paysages désertiques de Ouarzazate ou la médina d'Essaouira. Elle a malgré tout quelques atouts, dont des sites intéressants mais méconnus. Point de vue infrastructure, il y a des hôtels pour accueillir une équipe. Donc, je dirais que pour un producteur étranger, si rien n'empêche un tournage à Safi, rien ne l'attire non plus. Il faut nécessairement que le thème du film justifie le choix de lieu, ou bien il faut un attachement affectif particulier.

Y a-t-il des obstacles particuliers à la coproduction avec le Maroc ?

Comme je vous le disais, je travaille graduellement à un projet de coproduction. Cela me tient à cœur. Cela dit, les problèmes sont multiples. Il s'agit avant tout d'avoir un bon coproducteur. Il faut ensuite trouver le réalisateur marocain qui correspond au projet. Et finalement, reste encore le problème du réseau de distribution qui est, comme tout le monde le sait, en pleine crise au Maroc. Il est difficile de se lancer dans une coproduction quand on sait qu'un film n'aura presque pas d'impact dans l'un des pays de production. Mais, surtout, il est difficile de venir avec un projet tout prêt et de le coproduire au Maroc. Le système de coproduction marocain est particulier et favorise les projets marocains cherchant un coproducteur à l’étranger, mais handicape les projets non marocains.

Si je comprends bien, il y a les films marocains coproduits par des étrangers et les productions étrangères. Vous voudriez une troisième voie, un projet étranger coproduit par le Maroc ?

La plupart des pays qui ont un système de pointage qui favorise l’emploi de techniciens et d’artistes locaux dans la coproduction. Ils ont compris qu’ils en tiraient des bénéfices à la fois financiers et en termes de valorisation des compétences des professionnels nationaux. Le Maroc quant à lui impose, pour les coproductions officielles, que le réalisateur soit nécessairement marocain. C’est en soit bien normal que le CCM, qui donne l’aide financière, attribue le peu d'argent disponible à un réalisateur marocain. Mais, c’est un obstacle du point de vue du coproducteur canadien venant avec un projet tout prêt. Trouver un réalisateur d'origine marocaine ayant a une filmographie qui concorde avec le projet est plus difficile que d'engager quelqu'un que l'on connaît déjà. Les réalisateurs marocains ne sont pas encore assez visibles et connus pour rassurer les financiers canadiens qui vont investir dans la production.

Quelle est l'image du cinéma marocain dans le milieu de la production au Québec?

Durant les dernières années, il y a eu plusieurs très bons films marocains qui se sont illustrés à l'étranger et qui ont donné une visibilité au cinéma marocain. Récemment, au Canada, des films comme Les Yeux Secs et Marock ont trouvé leur public. D'autres films comme La Symphonie Marocaine, Les Jardins de Samira et d'autres ont été vus grâce à des événements comme Vue d'Afrique et le Festival des Films du Monde. Le dernier film d'Hassan Ben Jelloun Où vas-tu Moshé? (une coproduction maroco-canadienne) va bientôt sortir. On commence donc à voir des films marocains.

Peut-on donc espérer plus de coproductions avec le Canada ?

Le problème, c’est que le Maroc lui-même, en tant que lieu de tournage, est très peu connu pour l'instant. Personne, au Québec, ne sait que la scène palestinienne de C.R.A.Z.Y. a été tournée au Maroc. L'an denier, j'ai tenté d'organiser avec Monsieur Mohammed Belghiti une semaine de cinéma canadien à Casablanca. L'idée était d'inviter des producteurs canadiens à venir découvrir le Maroc et de faire une conférence sur les coproductions entre Marocains et Canadiens. Le projet est toujours en suspend et j'espère qu'on pourra organiser l'événement prochainement. Pendant ce temps, l'Algérie a demandé notre aide pour organiser un évènement similaire et il va avoir lieu à Alger en février. Mais j'ai toujours bon espoir que des projets communs se concrétisent au Maroc.

D’après vous, quelle stratégie le Maroc doit-il développer pour favoriser les contacts avec les producteurs étrangers ?

Il doit surtout être agressif dans sa démarche avec les marchés étrangers. La compétition est forte pour trouver les bons lieux de tournage. Le Maroc a déjà une très bonne réputation auprès des Américains qui tournent des films nécessitant le désert. C'est très bien, mais je crois qu'il devrait se faire plus de film avec le Maroc comme sujet (comme Babel). Je suis certains que si des réalisateurs étrangers découvraient le Maroc, ils seraient intéressés de créer des histoires qui s'y déroulent.

Un marché de coproduction serait une bonne idée aussi. Un peu comme Rotterdam et son Cinemart, le Producer's Network de Cannes et le PPP à Pusan en Corée du Sud. Je sais que le festival de Dubaï va organiser cette année un programme similaire pour les films arabes.

Ce n’est pas ce que fait le Festival de Marrakech ?

Le Festival de Marrakech est en effet une des clés du développement de la cinématographie marocaine. Cependant, c'est aujourd'hui surtout un festival d'image. Il faudrait qu’il devienne un festival d'industrie. Il ne suffit plus d'inviter, à grands frais, les vedettes, il faut inviter les acheteurs internationaux. Si les acheteurs viennent, les vendeurs vont suivre. Si les vendeurs viennent, ils vont vouloir montrer leurs films et la programmation du festival va en être enrichie. Si les vendeurs sont là, ils vont eux-mêmes payer pour faire venir les vedettes car ils en ont besoins pour leur promotion. Je suis certain qu'en trois ans, s'ils décident de créer un marché international, les acheteurs vont venir. Cela ne pourra qu'aider aux échanges entre les producteurs marocains et internationaux et promouvoir le Maroc comme lieu de tournage potentiel.

On vous verra bientôt au Maroc alors ?

Je l’espère ! J’ai hâte de produire quelque chose chez vous et surtout de faire connaître le Maroc à mes collègues canadiens.

par Cinemasfi publié dans : Gros plan: cinéma marocain
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Jeudi 1 novembre 2007

WWW.jpg Ignoré des palmarès marocains, What a Wonderful World de Faouzi Bensaïdi a raflé les deux plus prestigieuses récompenses au Festival du Film d’Alexandrie en Egypte, à savoir le Grand Prix et le Prix de la meilleure mise en scène. Bensaïdi est aujourd’hui le réalisateur marocain le plus connu à l’étranger, aussi bien en Europe qu’aux Etats-Unis.

Cela faisait longtemps que l'on attendait un prix pour What a Wonderful World. C'est chose faite puisqu'il vient d'être doublement récompensé par le Grand Prix et le Prix de la Mise en Scène au Festival d'Alexandrie. Il est le second marocain, après Mohammed Asli et son chef d’œuvre A Casablanca les anges ne volent pas, à remporter le trophée égyptien. Un plébiscite qui survient après une longue tournée dans les festivals nationaux et internationaux, dont la  Mostra de Venise. Le réalisateur meknessi est également un des seuls cinéastes marocains à bénéficier d’une sortie sur les écrans européens, et pas seulement français. Il s’est également fait un nom outre Atlantique, en s’imposant comme représentant du Maroc lors du Festival CinemaEast de New York et du Festival du Film Arabe de Los Angeles.


WWW
, oeuvre urbaine et moderne

Voilà de quoi réconforter un Faouzi Bensaïdi boudé par les palmarès des festivals marocains, dont le Festival de Marrakech en 2006 et le récent Festival National du Film. Sans doute son film est-il inclassable, et de la sorte déroutant. Dépassant la seule réalité marocaine, il touche l’universel et surtout dégage une incroyable puissance poétique.

Bensaïdi nous offre une histoire d'amour qui nous rappelle Le Samouraï de Melville avec un clin d'oeil à In The Mood For Love de Won Kar Waï. Des scènes d'actions qui ont la beauté de celles de Kitano (Sonatine), le rythme et la mélancolie d'un Jim Jarmush dans Ghost Dog, et un arrière goût de Johnny To (Full Time Killer, The Mission). Autant de comparaisons qui montrent à quel point Bensaïdi est un des auteurs marquants de son temps. Mais si WWW nous fait penser autant de grands films, il est aussi et avant tout l'œuvre profondément originale d'un auteur marocain qui regarde son époque. Et c'est à toutes ces qualités qu'ont fait écho les prix décernés par le festival égyptien et les multiples sélections dans les festivals internationaux.

Perfection visuelle

Très différent de Mille Mois, le premier film du réalisateur, avec lequel il partage pourtant le même souci de perfection visuelle, WWW est une intrigue urbaine et moderne. C’est la magnifique histoire d'amour de Kamel, un homme piégé dans la toile du World Wide Web. Kamel est tueur à gage. Il vit à Casablanca et reçoit ses contrats par Internet. Ses contacts sociaux se limitent à de brèves rencontres avec Souad, une prostituée. Pourtant, un jour il tombe amoureux d'une femme, ou plutôt d'une voix. Celle de Kenza, la colocataire de Souad, qui lui répond habituellement au téléphone. Kenza est flic et règle la circulation dans un grand rond point de la ville. A partir de là, ils ne vont cesser de se croiser, ne se parlant qu'aux téléphone et en français. Kamel, l'étranger à lui-même, sort petit à petit de son monde virtuel et laisse les sentiments le gagner. C'est alors que sur le Web, Hicham, un hacker, le déniche et infiltre ses contacts.

what-a-wonderful-world.jpg

Deux cinémas marocains ?


Si les deux prix d'Alexandrie sont les premiers glanés par What a Wonderful World, Faouzi Bensaïdi est par contre un habitué des récompenses prestigieuses. Il avait été primé à la Mostra de Venise en 2000 pour son court métrage Le Mur. Par la suite, son premier long métrage Mille Mois avait remporté plusieurs Prix dont celui du Premier Regard à Cannes en 2003, le Premier Prix du Festival du Cinéma Africain de Milan, le Grand Prix du Festival de Damas et le Prix Spécial du Jury du Festival de Namur. Il reste maintenant aux Marocains à reconnaître à Bensaïdi la place qu’il mérite dans la récente Histoire de notre cinéma national. Hélas, WWW vient d’essuyer un nouveau revers national en étant ignoré par le jury du Festival National le 27 octobre dernier, tout comme la plupart des œuvres de la nouvelle vague marocaine. Serait-ce le signe d’une scission du cinéma marocain autour de deux générations de plus en plus distinctes?

En attedant la reconnaissance de ses paires, Bensaïdi prépare un spectacle, une comédie musicale dont la sortie est prévue pour ce mois de novembre. Quant à nous à Safi, nous espérons le voir pour les prochaines Journées Cinématographiques de Safi.

Comme les images parlent mieux que les mots, cliquez ici pour découvrir la bande annonce et un extrait du film.

par Cinemasfi publié dans : Gros plan: cinéma marocain
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Mardi 17 juillet 2007

Nous avons eu la chance de visionner pour vous les premières images inédites de Casa Negra, le dernier long métrage cinématographique de Nour-Eddine Lakhmari.  Fidèle à sa ville natale, Safi, Lakhmari était de passage et nous a fait l'honneur  de nous faire découvrir son travail... Et bien, il faut tout simplement s'attendre à une petite révolution visuelle dans l'univers du cinéma marocain.

"Casa Negra" est un film noir qui se passe dans les bas-fonds du Casablanca d'aujourd'hui où d
eux amis, Karim et Adil, préparent un dernier coup. "Casa Negra" est le
Mean Streets de Lakhmari. Hommage à Scorsese, le réalisateur américain qui l'a tant influencé. "Le seul problème, avoue-t-il, quand on travaille sur le Casablanca de la rue, c'est la langue. Car si le spectateur accepte une certaine grossièreté en français et en anglais, il n'y est pas habitué en arabe. Or mon sujet ne peut se traiter qu'avec le langage de la rue. Je me demande avec un peu d'appréhension quelle sera la réaction du public."

Acteurs inconnus

"Pour jouer Adil et Karim
, déclare Lakhmari, j'ai voulu des acteurs parfaitement inconnus du monde du cinéma. Ils n'ont jamais étudié l'art dramatique. Et pourtant, ils vont surprendre tout le monde. Ils ont su dégager la force et la violence que j'attendais de mes personnages." 

story-board4.jpgD'autant que Lakhmari aime les surprises. Son script n'est jamais complètmement bouclé et il y laisse toujours une place pour l'improvisation ou pour l'inspiration du moment. "De nombreuses scènes d'anthologie sont dues aux hasards de l'improvisation. J'ai eu ce genre de moments sur Casa Negra avec mes acteurs. Les acteurs amateurs sont plus faciles à diriger car ils sont plus perméables à la vision du réalisateur. Les acteurs professionnels sont parfois déroutés face à mes exigences et j'ai souvent eu des situations tendues où il fallait que je m'impose. C'est ça aussi le métier de réalisateur." continue-t-il.
 

Film noir... et blanc

"Casa Negra", c'est le côté sale de la capitale économique du Maroc, la ville pas si blanche de Casablanca. C'est l'ancien Casa, celui qui vit de la débrouille mais aussi de la solidarité que la dèche rend obligatoire. "Casa Negra", c'est la moitié oubliée de Casablanca. 

Le film est donc basé sur une dualité fondatrice: le Noir et le Blanc. Une dualité que Lakhmari a travaillé visuellement en rendant sa photo aussi proche du noir et blanc que la pellicule couleur ne le permet. "Le chef lumière et le directeur photo sont les postes clés d'un tournage. La post-production ne peut pas rattraper une mauvaise lumière. L'atmosphère visuelle du film se crée sur le plateau", affirme le réalisateur, très pointilleux sur ses ambiances. 

story-board2.jpgLa dualité du thème et de l'ambiance se traduit aussi dans les décors, les lieux et les moments de tournage. "Casa Negra a été un film particulièrment épuisant, continue le réalisateur, car il s'est principalement tourné la nuit. Je voulais capturer cet autre Casa qui vit quand les autres dorment." 

Autre choix esthétique lourd de sens, Lakhmari a pris pour décors les vieux quartiers Art Déco de Casa. Vestiges d'une autre époque, leurs murs blancs aux formes encore majestueuses se détachent des trottoirs noirs de crasse et de misère. 

Et puis "Casa Negra", c'est le voyage de deux jeunes de la ville noire vers les lumières de la ville blanche. Là où les villas des notables et des bourgeois regorgent des trésors ignorés des habitants des bas quartiers. Lakhmari utilise la dualité sociale du Maroc pris dans la spirale du libéralisme comme trame de fond de l'intrigue de ce film noir. Un film qui se veut pourtant porteur d'espoir et de moments magiques qui viennent briller dans la nuit du Casa des pauvres. 

CASANEGRA-CLAP.jpg 

Visitez le site du réalisateur.
Lire aussi, l'interview de Nour-Eddine Lakhmari accordée au journal Tel Quel.
par Cinemasfi publié dans : Gros plan: cinéma marocain
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Samedi 26 mai 2007

ancienne-safi.jpgKharboucha, ce personnage mythique de la région de Safi sera l'héroïne du film de Hamid Zoughi. A la base de toute une branche de la tradition musicale de l'Aïta, cette chikha au tempérament de feu est un personnage hors du commun. On se demande même pourquoi le cinéma marocain a mis tant de temps à s'intéresser à son histoire devenue mythique?

C'est parti, Hamid Zoughi est en tournage pour son film "Kharboucha ou Ma Ydoum Hal" ("Kharboucha ou rien n'est éternel"). Le film devrait être tourné en partie dans la région de Safi. Zoughi y a d'ailleurs passé pas mal de temps en compagnie des chikhate et des chioukh, ces chanteurs maîtres de l'art de l'Aïta. Un art populaire dans la région de Abda et qui reprend jusqu'à nos jours les chansons composées au début du XXe siècle par Kharboucha, la célèbre chikha.

De la réalité au mythe... du mythe à l'écran

Le film relate l'histoire de la légendaire de Kharboucha. Chikha à la verve acerbe, Kharboucha utilisait sa voix unique pour se dresser fièrement contre l'injustice de son sort et de celui des siens. Ses chansons avaient pour cible principale le tyrannique caïd Aïssa Ben Omar qui faisait régner la loi du colonisateur français sur la région. Seule rescapée d'une tuerie menée par une tribu adverse et qui décima toutes les femmes de son clan, Kharboucha garda une rage et une force qui s'exprimaient dans sa prose chantée. Kharboucha n'était pas belle car, comme son nom l'indique, elle avait le visage marqué par la petite vérole, mais sa voix la rendait envoûtante. Appartenant à la tribu des Ouled Zid, Kharboucha exhorta ceux-ci par ses chants à se rebeller contre le despotisme sous lequel ils vivaient. En 1922 pris place une terrible répression contre sa tribu. Le caïd Aïssa se vengea personnellement de Kharboucha en la faisant emmurer vivante le jour même de ses noces.
C'est cette histoire devenue mythique que Hamid Zoughi adaptera à l'écran. "Il ne s’agit pas seulement de Kharboucha, mais d’un certain Maroc pas si lointain, où les gens circulaient pieds nus, tressaient leurs cheveux en nattes, méprisaient les femmes et vivaient sous le poids du Makhzen. J’ai envie que les gens prennent conscience du grand chemin que le pays a fait en 50 ans", déclarait dernièrement le réalisateur au journal
Tel Quel.

Jil Jilala et l'Aïta
Plus connu en tant qu'acteur, Hamid Zoughi s'est lancé dans le cinéma avec le grand Jilali Ferhati et se fait encore remarquer aujourd'hui, notamment dans "Heaven's Door" des Frères Noury, sélectionné à la dernière Berlinale. Mais Zoughi, le réalisateur, a plus d'une corde à son arc et n'a pas choisi son thème au hasard. Il est lui-même musicien et membre fondateur du célèbre groupe marocain Jil Jilala, comme en témoigne Mohamed Derham: "Le groupe doit son existence à Hamid Zoughi. C’est lui qui nous a réunis et convaincus de nous lancer en travaillant un nouveau style, inspiré de la musique soufie et des chants des zaouiyas marocaines". Le réalisateur a donc de son côté toutes les armes pour faire un grand film où la musique aura une place centrale. Le public marocain risque d'être au rendez-vous comme il l'a été pour un autre film musical, "La Symphonie Marocaine" de Kamal Kamal.

Houda Sedki est Kharboucha
Sedki-Kharboucha.jpgC'est l'actrice
Houda Sedki, qui incarnera le personnage de Kharboucha en se basant sur sa formation musicale puisqu'elle était lauréate du conservatoire de Casablanca en 2003. Pour son rôle, l'actrice s'est plongée durant plus d'un an dans le folklore de Safi et dans le répertoire aïtawi. Houda Sedki est par ailleurs bien connue des Safiots puisqu'elle était membre du jury du dernier Festival du Film Francophone de Safi. La jeune actrice et Hamid Zoughi ont déjà travaillé ensemble sur le téléfilm "Les Requins" où le réalisateur lui avait offert sa première chance dans un premier rôle.

Reconstitution d'un patrimoine

Hamid Zoughi et la société AZ productions ont reçu un budget de 3,8 millions de dirhams, dont 3 millions
d'avance sur recettes du CCM. La chaîne 2M est également associée à la production de ce long métrage. Quarante jours de tournage sont prévus. L'équipe technique travaille en grande partie bénévolement, ce qui n'a pas empêché la production d'avoir des soucis financiers liés notamment à la reconstitution d'époque. On regrettera d'ailleurs que l'état de délabrement de "Dar Si Aïssa", la maison du caïd, ne permette pas de profiter des décors originaux. Le film "Kharboucha ou Ma Ydoum Hal" aidera donc à sauvegarder la mémoire de notre patrimoine à défaut d'en avoir préservé les lieux.

par Cinemasfi publié dans : Gros plan: cinéma marocain
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Mercredi 16 mai 2007

mille-mois-1.jpg
Invité dans tous les festivals prestigieux d'Europe, Bensaïdi s'est imposé comme LE réalisateur de la nouvelle vague marocaine. Se plaçant d'entrée de jeu dans la cour des grands avec son premier long "Mille Mois", il fait aujourd'hui le tour d'un monde qui se conjugue en www (What a Wonderfull World).

Depuis dimanche 13 mai, l'Institut du Monde Arabe (IMA) à Paris reçoit le cinéma marocain pour un hommage. Faouzi Bensaïdi est du voyage avec quelques autres grands dont le pionnier, Jilali Ferhati. Le jeune réalisateur meknassi présentera son second long métrage "What a Wonderfull World". Confirmation, si elle était nécessaire, de l'envergure du réalisateur sur la scène cinéphilique mondiale, lui qui avait déjà reçu le prix "Premier Regard" au festival de Cannes avec son film Mille Mois.
Ce qui frappe tout de suite dans un film, long ou court, de Bensaidi, c'est la justesse de ton et la maîtrise du sens. Rien n'est gratuit dans son style épuré et juste. Chaque image compte et se présente comme un tableau que l'on pourrait presque contempler à l'infini. Faouzi Bensaïdi est un vrai cinéaste et un artiste accompli. Ses histoires sont belles, simples et profondes.

Mille Mois

Dans "Mille Mois", Bensaidi nous transporte en 1981, en plein mois de Ramadan. Nous sommes dans un village planté sur une falaise. Le douar semble paisible, à l'écart de tout. Pourtant, nous sommes au coeur de la lutte des années de plombs. Mehdi, un garçon d'une dizaine d'années, est le fils de cette époque. Il vit avec sa mère et son grand-père paternel car son père est en prison pour activisme politique. Mehdi le croit en France et sa vie est rythmée par l'attente de son retour. Mehdi cherche la France dans les emballages de bonbons et souhaite avant tout assister au réveil de la ville le matin quand les lumières s'éteignent pour faire place au jour. A travers Mehdi, c'est tout un pays qui attend le retour de ses opposants, rêve d'ailleurs et aspire au réveil. "Mille Mois" est aussi l'histoire d'une révolte, d'abord contenue puis éclatante, de tous les personnages qui composent cette fresque. Une révolte qui jette tout au feu, jusqu'à la chaise de l'instituteur, le jour où le nouveau Caid voulut épouser la belle Saadia qui incarnait les espoirs de plusieurs amoureux éperdus. Et c'est tout l'imobilisme du Maroc et du Makhzen qui est ainsi ébranlé.

Bensaïdi à Safi?

"Mille Mois" a été présenté aux "Journées Cinématographiques" de la Faculté Poly-disciplinaire de Safi la semaine dernière grâce à la collaboration de la caravane du CCM. Le film a suscité un vif enthousiasme de la part du public, malgré des conditions de projection précaires. Bensaïdi a séduit par son ton quelque peu ironique et surtout son talent a faire se refléter la grande Histoire dans la petite. Un talent qui nous rappelle justement celui du grand Jilali Ferhati (invité d'honneur lui aussi de l'IMA à Paris) dont le film La Plage des Enfants Perdus partageait la programmation de la Faculté. Bensaïdi pourrait être le prochain invité des journées cinématographiques à Safi... Si son agenda le permet bien entendu, puisqu'il est aujourd'hui un des réalisateurs qui comptent sur la scène internationale.

par Cinemasfi publié dans : Gros plan: cinéma marocain
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Mercredi 9 mai 2007
Lors de sa sortie en salle, le public avait offert à « La Symphonie Marocaine » la seconde place du box-office marocain avec plus de 100.000 entrées. Aujourd'hui, c'est aux étudiants de la Faculté Poly-disciplinaire de Safi que le cinéaste Kamal Kamal a présenté son second long métrage et sa vision. Une vision humaniste qui a touché son public et l'a amené, chose hélas encore rare pour un film marocain, à éprouver l'émotion totale.
 la-symphonie-marocaine.jpg

Enfant d'Oujda, Kamal Kamal a vécu une enfance heureuse auprès de sa mère. Le modeste logement où il grandit avait la particularité d'être rempli d'amour. L'amour d'une maman qui a aussi eu l'intelligence de tout faire pour que son fils ait une éducation artistique. Et c'est ainsi par la musique que Kamal Kamal a fait son entrée dans la vie.

Quoi de plus naturel dès lors que son film retrace l'histoire d'une bande de musiciens jetés à la ferraille d'un Maroc sur une voie de garage et qui vont retrouver l'espoir grâce à la Symphonie composée par l'un d'entre eux. Craignant de mourir oublié alors qu'ils savent que derrière leur destin rouillé brille encore une flamme, ils mettent tout en oeuvre pour exister, enfin! Au delà de ces personnages, c'est tout le Maroc qui se remet en mouvement et qui se rappelle qu'il n'y a pas besoin de beaucoup pour être heureux et que le peu que l'on a parfois à offrir au Monde est en fait un cadeau hors de prix.

Au delà du réel, l'espérance!

Ce cadeau, les étudiants de la Faculté l'ont pris à bras le coeur. Touchés jusqu'aux larmes (oui, oui, on les a vu pleurer, même les garçons!), ils ont partagé le bonheur de ces vagabonds et surtout l'espoir du cinéaste. Un espoir salvateur qui parle à une génération qui ne croit plus que son pays puisse lui offrir un avenir prometteur. Et Kamal Kamal de leur rappeler que l'espoir se crée et que la richesse est avant tout dans nos têtes.

Et c'est là tout le paradoxe magnifique de « La Symphonie... », c'est un film qui dégage une émotion telle qu'il nous tire les larmes alors qu'il s'agit avant tout d'un film joyeux qui fête la capacité des hommes à vivre leurs rêves et à les faire partager. Et de nouveau, le film n'est qu'une mise en abîme de l'histoire de sa genèse. Car « La Symphonie Marocaine » a commencé comme un rêve auxquels les personnes les plus improbables ont bien voulu croire.

La Symphonie de l'Humanité

Tout a débuté par une musique. Par cette partition que Kamal Kamal avait composée et qui avait besoin d'un orchestre philharmonique. Partant du réflexe typique des Marocains qui est de croire qu'on est jamais plus mal servi que par les siens, il a d'abord proposé sa symphonie à jouer à des orchestres étrangers qui lui demandèrent des sommes exorbitantes. Dépité mais pas découragé, il a tout de même frappé, au cas où, à la porte d'un des deux seuls orchestres philharmoniques marocains, celui de l'armée de l'air. Et surprise, ils l'ont appelé un jour pour lui faire écouter le morceau qu'ils avaient non seulement lus, mais joués! L'histoire de « La Symphonie Marocaine » était donc déjà écrite... Une histoire d'espoir qui nous rappelle que dans ce pays auquel nous n'osons pas croire, des choses sont possibles.

Kamal Kamal serait-il dès lors patriote? Il s'en défend, ou en tout cas, il se méfie du mot. Car l'artiste craint avant tout cette fâcheuse tendance des identités à être meurtrières. Craignant que nous soyons Nous-mêmes par opposition aux Autres, il propose que nous soyons Nous-mêmes, parmi les Autres. Comme une note d'une partition de musique qui cherche la compagnie des autres pour atteindre l'Harmonie.


Pour visionner la bande annonce, cliquez ici
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