Faouzi Bensaidi ou quand le cinéma marocain atteint sa maturité

Publié le par Cinemasfi

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Invité dans tous les festivals prestigieux d'Europe, Bensaïdi s'est imposé comme LE réalisateur de la nouvelle vague marocaine. Se plaçant d'entrée de jeu dans la cour des grands avec son premier long "Mille Mois", il fait aujourd'hui le tour d'un monde qui se conjugue en www (What a Wonderfull World).

Depuis dimanche 13 mai, l'Institut du Monde Arabe (IMA) à Paris reçoit le cinéma marocain pour un hommage. Faouzi Bensaïdi est du voyage avec quelques autres grands dont le pionnier, Jilali Ferhati. Le jeune réalisateur meknassi présentera son second long métrage "What a Wonderfull World". Confirmation, si elle était nécessaire, de l'envergure du réalisateur sur la scène cinéphilique mondiale, lui qui avait déjà reçu le prix "Premier Regard" au festival de Cannes avec son film Mille Mois.
Ce qui frappe tout de suite dans un film, long ou court, de Bensaidi, c'est la justesse de ton et la maîtrise du sens. Rien n'est gratuit dans son style épuré et juste. Chaque image compte et se présente comme un tableau que l'on pourrait presque contempler à l'infini. Faouzi Bensaïdi est un vrai cinéaste et un artiste accompli. Ses histoires sont belles, simples et profondes.

Mille Mois

Dans "Mille Mois", Bensaidi nous transporte en 1981, en plein mois de Ramadan. Nous sommes dans un village planté sur une falaise. Le douar semble paisible, à l'écart de tout. Pourtant, nous sommes au coeur de la lutte des années de plombs. Mehdi, un garçon d'une dizaine d'années, est le fils de cette époque. Il vit avec sa mère et son grand-père paternel car son père est en prison pour activisme politique. Mehdi le croit en France et sa vie est rythmée par l'attente de son retour. Mehdi cherche la France dans les emballages de bonbons et souhaite avant tout assister au réveil de la ville le matin quand les lumières s'éteignent pour faire place au jour. A travers Mehdi, c'est tout un pays qui attend le retour de ses opposants, rêve d'ailleurs et aspire au réveil. "Mille Mois" est aussi l'histoire d'une révolte, d'abord contenue puis éclatante, de tous les personnages qui composent cette fresque. Une révolte qui jette tout au feu, jusqu'à la chaise de l'instituteur, le jour où le nouveau Caid voulut épouser la belle Saadia qui incarnait les espoirs de plusieurs amoureux éperdus. Et c'est tout l'imobilisme du Maroc et du Makhzen qui est ainsi ébranlé.

Bensaïdi à Safi?

"Mille Mois" a été présenté aux "Journées Cinématographiques" de la Faculté Poly-disciplinaire de Safi la semaine dernière grâce à la collaboration de la caravane du CCM. Le film a suscité un vif enthousiasme de la part du public, malgré des conditions de projection précaires. Bensaïdi a séduit par son ton quelque peu ironique et surtout son talent a faire se refléter la grande Histoire dans la petite. Un talent qui nous rappelle justement celui du grand Jilali Ferhati (invité d'honneur lui aussi de l'IMA à Paris) dont le film La Plage des Enfants Perdus partageait la programmation de la Faculté. Bensaïdi pourrait être le prochain invité des journées cinématographiques à Safi... Si son agenda le permet bien entendu, puisqu'il est aujourd'hui un des réalisateurs qui comptent sur la scène internationale.

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