Kharboucha, ce personnage mythique de la région de Safi sera l'héroïne du film de Hamid Zoughi. A la base de toute une branche de la tradition musicale de l'Aïta, cette chikha au tempérament de feu est un personnage hors du commun. On se
demande même pourquoi le cinéma marocain a mis tant de temps à s'intéresser à son histoire devenue mythique?
C'est parti, Hamid
Zoughi est en tournage pour son film "Kharboucha ou Ma Ydoum Hal" ("Kharboucha ou rien n'est éternel"). Le film devrait être tourné en partie dans la région de Safi. Zoughi y a
d'ailleurs passé pas mal de temps en compagnie des chikhate et des chioukh, ces chanteurs maîtres de l'art de l'Aïta. Un art populaire dans la région de Abda et qui reprend jusqu'à nos jours les
chansons composées au début du XXe siècle par Kharboucha, la célèbre chikha.
De la réalité au mythe... du mythe à l'écran
Le film relate l'histoire de la légendaire de Kharboucha. Chikha à la verve acerbe, Kharboucha utilisait sa voix unique pour se dresser fièrement contre l'injustice de son sort et de celui des
siens. Ses chansons avaient pour cible principale le tyrannique caïd Aïssa Ben Omar qui faisait régner la loi du colonisateur français sur la région. Seule rescapée d'une tuerie menée par une
tribu adverse et qui décima toutes les femmes de son clan, Kharboucha garda une rage et une force qui s'exprimaient dans sa prose chantée. Kharboucha n'était pas belle car, comme son nom
l'indique, elle avait le visage marqué par la petite vérole, mais sa voix la rendait envoûtante. Appartenant à la tribu des Ouled Zid, Kharboucha exhorta ceux-ci par ses chants à se rebeller
contre le despotisme sous lequel ils vivaient. En 1922 pris place une terrible répression contre sa tribu. Le caïd Aïssa se vengea personnellement de Kharboucha en la faisant emmurer vivante le
jour même de ses noces.
C'est cette histoire devenue mythique que Hamid Zoughi adaptera à l'écran. "Il ne s’agit pas seulement de Kharboucha, mais d’un certain Maroc pas si lointain, où les gens circulaient pieds
nus, tressaient leurs cheveux en nattes, méprisaient les femmes et vivaient sous le poids du Makhzen. J’ai envie que les gens prennent conscience du grand chemin que le pays a fait en 50
ans", déclarait dernièrement le réalisateur au journal Tel Quel.
Jil Jilala et l'Aïta
Plus connu en tant qu'acteur, Hamid Zoughi s'est lancé dans le cinéma avec le grand Jilali Ferhati et se fait encore remarquer aujourd'hui, notamment
dans "Heaven's Door" des Frères Noury, sélectionné à la dernière Berlinale. Mais Zoughi, le réalisateur, a plus d'une corde à son arc et n'a pas choisi son thème au hasard. Il est lui-même musicien et membre
fondateur du célèbre groupe marocain Jil Jilala, comme en
témoigne Mohamed Derham: "Le groupe doit son existence à Hamid Zoughi. C’est lui qui
nous a réunis et convaincus de nous lancer en travaillant un nouveau style, inspiré de la musique soufie et des chants des zaouiyas marocaines". Le réalisateur a donc de son côté toutes les
armes pour faire un grand film où la musique aura une place centrale. Le public marocain
risque d'être au rendez-vous comme il l'a été pour un autre film musical, "La Symphonie
Marocaine" de Kamal Kamal.
Houda Sedki est Kharboucha
C'est l'actrice Houda Sedki, qui incarnera le personnage de Kharboucha en se basant sur sa formation musicale puisqu'elle était lauréate du conservatoire de
Casablanca en 2003. Pour son rôle, l'actrice s'est plongée durant plus d'un an dans le folklore de Safi et dans le répertoire aïtawi. Houda Sedki est par ailleurs bien connue des Safiots
puisqu'elle était membre du jury du dernier Festival du
Film Francophone de Safi. La jeune actrice et Hamid Zoughi ont déjà travaillé ensemble sur le téléfilm "Les Requins" où le réalisateur lui avait
offert sa première chance dans un premier rôle.
Reconstitution d'un patrimoine
Hamid Zoughi et la société AZ productions ont reçu un budget de 3,8 millions de dirhams, dont 3 millions d'avance sur recettes du CCM. La chaîne 2M est également associée à la production de ce long métrage. Quarante jours de tournage sont prévus. L'équipe technique travaille en grande partie bénévolement, ce qui n'a pas empêché la
production d'avoir des soucis financiers liés notamment à la reconstitution d'époque. On regrettera d'ailleurs que l'état de délabrement de "Dar Si Aïssa", la maison du caïd, ne permette pas de
profiter des décors originaux. Le film "Kharboucha ou Ma Ydoum Hal" aidera donc à sauvegarder la mémoire de notre patrimoine à défaut d'en avoir préservé les lieux.
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